12.03.2007

Une Nation trahie par ses élites ?

medium_rivierejerome.jpgValeurs Actuelles , article de Jérôme RIVIERE
Date de parution : vendredi 09 mars 2007 



« Je n’ai pas besoin qu’on me raconte d’histoires sur la France. Ce que j’éprouve d’elle se dispense d’éloquence. Une colline, une rivière, des arbres le long de cette rivière, une certaine lumière dans le ciel me racontent la France avec la même force qu’un débat entre Clémenceau et Poincaré ». Ce type d’évidence, exprimée en son temps par François Mitterrand, a malheureusement vécu. Les élites de notre pays organisent consciemment le divorce d’avec notre longue mémoire.

Elu de la Nation, je refuse ce dépôt de bilan identitaire. Je n’ai pas honte de mon pays, et la France n’est pas pour moi une chimère « multiculturelle ». Je choque ? Alors c’est bon signe, et je vais aggraver mon cas, parce que je sais qu’à des degrés divers nos concitoyens font le même constat que moi. Je veux bien qu’en trente ans la démission généralisée devant le terrorisme intellectuel marxiste ait débouché sur la catastrophe d’une Education nationale sinistrée, qui a perdu la confiance des parents. Je veux bien que les vannes de l’immigration de peuplement aient été ouvertes sans contrôle, sans que les Français aient leur mot à dire, conduisant à la détérioration des rapports sociaux et à des conflits culturels qui vont s’aggravant, entre violences et provocations. J’ai bien saisi que notre Histoire était un ramassis de brigandages, de déprédations odieuses et de conquêtes féroces, dont nous devons nous justifier à plat ventre pendant les trois prochains siècles. Je comprends, oui. Ou plutôt je constate. Mais je n’admets pas, et j’excuse encore moins.

La chasse à l’homme lancée contre un professeur de philosophie par des « barbus » obscurantistes a été pour moi la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Mais dans quel émirat vivons-nous ? Est-ce la France, ce pays dont les élus et les intellectuels ne soutiennent que du bout des lèvres un homme lâché en rase campagne face à la haine ? Est-ce la France qui se laisse imposer de l’extérieur, par des fanatiques moyenâgeux, des fatwas dont on a le culot de discuter du bien-fondé ? Nous sommes en fait, comme Philippe de Villiers l’analyse à propos du voile, devant un problème éminemment politique : 46 % des musulmans français font passer leur appartenance à l’islam avant leur citoyenneté. Comme le minaret, le voile est aujourd’hui un signe de conquête politique de l’espace social. Proposer, comme l’a fait le Président du MPF, l’interdiction du voile islamique dans la rue et les espaces publics, est donc logique. La majorité des Français le soutiennent. Qu’on le veuille ou non, la dhimmitude s’installe sournoisement dans nos esprits.

Il suffit pourtant de rappeler quelques évidences. A la surface du globe, et malgré la modération de la grande majorité des musulmans, le fanatisme islamiste est aujourd’hui responsable du plus grand nombre d’attentats, de massacres, d’assassinats. Vous avez dit laïcité ? Les églises sont interdites en Arabie saoudite, mais les plus vastes mosquées d’Europe sont financées par la même Arabie saoudite. Vous avez dit tolérance ? L’esclavage perdure au Soudan, aggravé d’un véritable génocide, avec la complicité du pouvoir islamiste de Khartoum. Des chrétiens sont exécutés en Indonésie, assassinés au Pakistan, ils sont chassés de Palestine, l’apostasie est punie de mort par la charia, qui considère les chrétiens, les athées, les juifs comme des citoyens de seconde zone. Pendant ce temps, on brûle l’effigie du Pape pour un discours sur les rapports philosophiques entre foi et raison. Mais de qui se moque-t-on ? Où s’arrêtera notre démission face à l’arrogance insupportable de ces fanatiques ?

Nous célébrons à longueur de journée la mémoire des uns, les exigences des autres, les plaintes de tous. Les seuls qui n’ont droit à aucun égard sont justement ceux qui respectent ce pays et qui l’assument entièrement, sans se focaliser sur leur petite histoire, leur petite liste de course mémorielle, leur petite attestation tamponnée de victimes éternelles. Ouvrons les yeux, élus, responsables, citoyens. Si certains, contaminés par un masochisme pervers, veulent absolument vivre à genoux le reste de leur existence, qu’y pouvons-nous ? Mais leur propre abaissement, mis en scène et répété ad nauseam, ne leur suffit plus. Il leur faut le nôtre, celui de nos enfants, celui de nos ancêtres. Avec la majorité des Français, rejetant les faux procès d’extrémisme usés jusqu’à la corde, je dis assez ! Assez de repentance, fondée qui plus est sur des mensonges, des chiffres tronqués, de faux témoignages.

Ce qui définit une élite, c’est bien l’équilibre entre les droits qu’elle s’octroie et les devoirs qu’elle s’impose. Faussé par la lâcheté, l’équilibre est rompu, le compte n’y est plus. Français, vous êtes aujourd’hui trahis par des élites qui ont abandonné la République, après s’être abandonnées elles-mêmes. Fascinées par tout ce qui n’est pas européen ou français, elles seraient bien inspirés de méditer un proverbe de ce grand peuple africain que sont les Dogons, si admirés du Président Chirac : faut-il attendre d’être vaincu pour changer ?

Commentaires

tres bon article! Jérome Rivière est quelqu'un de bien !

Ecrit par : mady | 16.03.2007

Un autre cliché répandu, celui de la "trahison des clercs" dont parlait déjà Julien Benda. Qui trahit qui ? Comment le juger ?
On parle de défaite, défaite contre qui, contre quoi ? Soyez précis. Nous demande-t-on d'aller à l'affrontement chacun prétendant que "Dieu est à ses côtés" ? Nous demande-t-on d'être belliciste ? Je n'en suis pas sûr. Il y a d'autres moyens, plus difficiles, mais moins sanglants.

Ecrit par : Amaury | 17.03.2007

Personnellement, je trouve "stratosphérique", pour la candidate PS, de faire "débouler" dans son programme l'idée d'une VIème république à environ 30 jours du premier tour. La Vème mérite mieux qu'une "réaction de préstence" face à des sondages qui déclinent pour Mme Royal. Je trouve que notre constitution est bonne, jusqu'à présent, même si elle peut être évolutive, adaptable et perfectible. Plus que les institutions, c'est la façon de faire de la politique qui doit changer et je pense que Nicolas Sarkozy porte ce projet.

Ecrit par : Pierre Deniziot | 24.03.2007

Vous croyez vraiment que Sarkozy a un projet politique pour la France? mdr!

Ecrit par : VF | 28.03.2007

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